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[Étude] Assurance habitation : le climat pourrait alourdir la facture de 274 € par an d’ici 2050
Un incendie hors normes ravage depuis plusieurs jours le nord du bassin d’Arcachon, en Gironde : plus de 42 000 hectares brûlés et au moins 220 000 personnes évacuées, des habitations détruites. Il s’inscrit dans une année 2026 déjà classée comme le pire millésime d’incendies enregistré en France.
Derrière l’urgence, une tendance de fond se dessine : le risque d’incendie s’étend à des territoires jusqu’ici épargnés, et il s’ajoute aux autres périls climatiques qui pèsent déjà sur le coût de l’assurance habitation.
À partir des projections de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), de Météo-France et de l’Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable (IGEDD), croisées avec les données de tarification de Réassurez-moi, nos analystes ont projeté l’évolution de la prime d’assurance habitation à l’horizon 2050. Combien cela coûtera-t-il aux ménages français, et où la hausse sera-t-elle la plus forte ?
D’ici 2050, la prime d’assurance habitation passera de 470 € à 744 € par an en moyenne
Selon nos projections, la prime moyenne d’assurance habitation pour une maison passerait de 470 € en 2024 à 744 € en 2050, soit une hausse de +58 %. À mi-parcours, en 2035, elle atteindrait déjà environ 586 €.
Cette trajectoire prolonge une dynamique déjà engagée : le coût des événements naturels a atteint 5,2 milliards d’euros pour les assureurs en 2025, contre une moyenne de 1,5 milliard sur la période 1982-1989, et la surprime dédiée aux catastrophes naturelles est passée de 12 % à 20 % de la cotisation au 1er janvier 2025.
Source : projections Réassurez-moi, d’après CCR, Météo-France et IGEDD.
+274 € par an : ce que le climat ajoute à la facture des ménages
Cette progression représente un surcoût moyen de 274 € par an pour un ménage, à garanties constantes. Elle se décompose en deux moteurs distincts.
Le premier est le socle climatique : la CCR estime que la sinistralité liée aux catastrophes naturelles augmentera d’environ +40 % d’ici 2050 sous le seul effet du changement climatique, et jusqu’à +60 % en tenant compte de l’évolution des biens assurés. Répercutée sur les cotisations, cette hausse tire l’essentiel de la facture.
Le second est l’extension du risque incendie, qui s’ajoute à ce socle. Les feux de forêt ne relèvent pas du régime des catastrophes naturelles : ils sont couverts par la garantie incendie du contrat d’assurance habitation. Leur montée en puissance dans de nouveaux territoires constitue donc un facteur de coût supplémentaire, distinct des inondations ou de la sécheresse.
Source : projections Réassurez-moi, d’après CCR (socle CatNat +45 %) et Météo-France / IGEDD (composante incendie).
Incendies : le risque quitte le Sud et gagne l’Ouest et le Nord
Historiquement concentré sur le pourtour méditerranéen et le Sud-Ouest, le risque d’incendie s’étend désormais vers de nouvelles régions. Selon l’IGEDD, la part du territoire exposée à un risque d’incendie au moins modéré passerait d’environ 27 % aujourd’hui à 40–44 % en 2050, soit une extension spatiale de +48 à +62 %. De moins en moins de régions sont épargnées.
Les projections de Météo-France confirment cette progression sur 70 à 80 % du pays. Le nombre de jours par an à risque élevé de feu grimperait ainsi de 1,6 à 7 jours en Île-de-France et de 2,8 à 7,6 jours dans les Pays de la Loire. À l’échelle nationale, le nombre de jours à risque élevé serait multiplié par deux d’ici 2050, et les surfaces brûlées potentielles par quatre.
La hausse la plus rapide frappe les régions hier épargnées
Conséquence directe de cette extension : ce sont les régions les moins habituées au feu qui connaîtront la progression la plus rapide de leur prime d’assurance habitation. En rythme, la hausse projetée atteint :
Source : projections Réassurez-moi, d’après CCR, Météo-France et IGEDD. Évolution de la prime habitation maison, base 2024.
Autrement dit, la carte du risque se rééquilibre : des régions qui payaient jusqu’ici parmi les primes les plus basses voient l’écart se resserrer, à mesure qu’elles rejoignent la zone de risque.
Combien vous paierez en 2050, région par région
En valeur absolue, les régions du Sud, déjà les plus exposées, resteront en tête des cotisations en 2050 : Corse (~825 €), Provence-Alpes-Côte d’Azur (~787 €) et Occitanie (~760 €) pour une maison. L’Île-de-France afficherait la prime la plus élevée (~1 013 €), mais sous l’effet de facteurs largement étrangers au risque incendie, comme le coût de reconstruction et la fréquence des cambriolages.
Source : projections Réassurez-moi, d’après CCR, Météo-France et IGEDD.
Un exemple concret pour un ménage Breton
Pour un ménage breton propriétaire d’une maison, la prime d’assurance habitation passerait de 360 € aujourd’hui à 594 € en 2050, soit 234 € de plus par an, dans une région qui ne comptait quasiment aucune journée à risque élevé de feu il y a vingt ans. Pour un ménage de Provence-Alpes-Côte d’Azur, déjà exposé, la hausse serait de 531 € à 787 €, soit 256 € de plus par an.
Ce que cela signifie pour le budget des ménages
« La question n’est plus de savoir si les incendies sont plus fréquents, mais où ils deviennent possibles. À mesure que de nouveaux territoires basculent en zone de risque, le coût du risque se diffuse sur l’ensemble du parc de logements, et il finit par se lire sur la cotisation d’assurance habitation des ménages »
Delphine Bardou, Experte en assurances et finances personnelles chez Réassurez-moi
Ce mouvement ne passe pas par une multiplication des sinistres, la fréquence des sinistres incendie recule même tendanciellement depuis le début des années 2010, mais par l’extension géographique de l’exposition et la hausse de la sinistralité climatique globale, deux facteurs qui pèsent structurellement sur la tarification.
Notre méthodologie
- Les projections ont été calculées par les analystes de Réassurez-moi en croisant deux sources d’évolution officielles avec les données internes de tarification de Réassurez-moi (primes d’assurance habitation maison moyennes par région, base 2024), pondérées par le parc de logements de chaque région (INSEE, 31,4 millions de résidences principales au 1er janvier 2024) et agrégées au niveau national.
- Socle climatique : hausse de +45 % appliquée à l’ensemble du territoire, correspondant au milieu de la fourchette de l’étude CCR Conséquences du changement climatique sur le coût des catastrophes naturelles en France à horizon 2050 (2023), qui projette une progression de la sinistralité de +40 % (effet climat seul) à +60 % (avec évolution des enjeux assurés). Hypothèse retenue : un ratio prime/sinistre stable entre 2024 et 2050, hypothèse prudente.
- Composante incendie : surcoût additionnel estimé à partir de la croissance du nombre de jours par an à risque élevé de feu projetée par Météo-France (portail DRIAS) et de l’extension des zones sensibles décrite par l’IGEDD (part du territoire à risque au moins modéré passant d’environ 27 % aujourd’hui à 40–44 % en 2050). Une élasticité de +8 % de prime par doublement des jours à risque a été appliquée ; cette élasticité constitue une hypothèse de travail, à confirmer par une expertise actuarielle.
- Les ratios de jours à risque sont issus de Météo-France pour l’Île-de-France et les Pays de la Loire, et estimés d’après la géographie de l’IGEDD (extension Ouest, Centre-Ouest et Sud) pour les autres régions.
- Ordre de grandeur contrôlé au regard des données de France Assureurs (coût des événements naturels de 5,2 milliards d’euros en 2025 ; relèvement de la surprime CatNat de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025) et de l’exercice climatique de l’ACPR.