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Taux fixe menacé : ce que ça change (ou pas) pour votre crédit immobilier
Même mensualité depuis cinq ans, et la même dans quinze ans. C’est ça, le taux fixe. Et c’est aussi ce qui pourrait bouger après 2032. Depuis lundi, la Fédération bancaire française (FBF) alerte. Les règles européennes de Bâle III risquent de fragiliser le crédit immobilier à taux fixe, ce modèle que 99 % des Français choisissent.
Avant de vendre votre appart en panique, respirez. On vous explique où en est le dossier, et surtout ce que vous pouvez faire dès maintenant.
La banque française tire la sonnette d’alarme
Le taux fixe, c’est une exception bien française. Selon les données du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), 99 % des crédits immobiliers dans l’Hexagone fonctionnent ainsi. Nos voisins britanniques, espagnols ou italiens vivent, eux, avec des taux qui bougent.
Cette semaine, la FBF a prévenu que ce modèle pourrait ne pas survivre à la prochaine étape de la réglementation bancaire européenne. En jeu, un encours de 1 284 milliards d’euros de crédits immobiliers. Rien que ça.
Le taux fixe, c’est quoi ?
Vous empruntez 200 000 € à 3,5 % sur vingt ans ? Avec un taux fixe, votre mensualité reste identique du premier au dernier remboursement. Les taux montent à 6 %, l’inflation s’emballe, la BCE change dix fois d’avis, vous, vous payez toujours pareil. C’est la banque qui encaisse le risque.
Avec un taux variable, l’histoire est différente. La mensualité suit les taux du marché. Ils montent, elle monte. C’est ce que vivent beaucoup d’emprunteurs ailleurs en Europe, et ça explique pourquoi les défauts de paiement y grimpent vite quand la conjoncture se tend. Daniel Baal, président de la FBF et patron du Crédit Mutuel, le résume simplement : “une mensualité qui ne bouge pas, c’est un emprunteur qui fait beaucoup moins défaut.”
Petit détail qui a tout de même son importance.
La hausse des taux freine moins rapidement l’immobilier dans les pays où les crédits sont à taux fixe. Les propriétaires déjà endettés conservent les mêmes mensualités. Ils ne sont donc pas contraints de vendre, ce qui limite le nombre de biens disponibles et maintient les prix à un niveau élevé.
À l’inverse, avec des prêts à taux variable, les mensualités augmentent immédiatement, les budgets se resserrent et davantage de ménages peuvent être poussés à vendre.
En France, le taux fixe a donc longtemps protégé les propriétaires tout en soutenant les prix de l’immobilier.
Bâle III et 2032 : pourquoi les banques coincent
Bâle III, c’est un accord international signé en 2010 pour solidifier les banques après la crise de 2008. L’idée : obliger chaque banque à mettre de l’argent de côté (ses fonds propres) en face des risques qu’elle prend.
Or un prêt immobilier à taux fixe sur vingt-cinq ans, c’est risqué pour la banque. Elle vous prête à 3,5 % aujourd’hui, mais si son propre coût de financement grimpe à 5 % demain, elle perd de l’argent sur chaque mensualité. Bâle III veut donc qu’elle immobilise davantage de capital pour ce type de prêt.
Jusqu’ici, les banques françaises profitaient d’une dérogation. Elle expire en 2032. Passé cette date, financer du taux fixe long deviendra nettement moins rentable pour elles. Maya Atig, directrice générale de la FBF, pose trois issues possibles : moins de crédits accordés, des crédits plus chers, ou la fin du taux fixe tel qu’on le connaît. Bonne nouvelle en revanche : vendredi dernier, la Commission européenne a annoncé vouloir alléger la réglementation bancaire pour mieux financer l’économie. Reste à savoir si le crédit immobilier français sera dans le lot.
Concrètement, qu’est-ce que ça changerait pour vous ?
On parle de 2032, pas de demain matin. Mais trois scénarios se dessinent.
Premier scénario : moins de crédit disponible. Les banques prêtent moins pour préserver leur rentabilité, et ce sont les primo-accédants et les budgets serrés qui trinquent en premier.
Deuxième scénario : des taux plus élevés. Les banques répercutent le coût sur vous. Un crédit à 3,5 % aujourd’hui pourrait se négocier à 4,5 %, voire 5 %. Sur 200 000 € empruntés, ça se compte en dizaines d’euros de plus chaque mois.
Troisième scénario : le retour du taux variable. La France s’aligne peu à peu sur le modèle de ses voisins. Vous gagnez parfois quelques dixièmes de point au départ, mais vous récupérez le risque sur les épaules. Fini la tranquillité de la mensualité qui ne bouge jamais.
En attendant, ce que vous pouvez déjà faire
Le sort du taux fixe se joue à Bruxelles, et on ne va pas se mentir, là-dessus, ni vous ni nous n’avons la main. Mais sur votre crédit immobilier, il y a un poste où vous gardez tout le pouvoir aujourd’hui : votre assurance emprunteur.
Cette assurance pèse souvent une belle part du coût total de votre prêt immobilier. Et grâce à la loi Lemoine, vous pouvez en changer quand vous voulez, sans frais et sans attendre une date anniversaire. Y jeter un œil, c’est parfois plusieurs milliers d’euros récupérés sur la durée, taux fixe ou pas.
Et là, c’est notre rayon. On compare les assurances emprunteur à votre place, on s’occupe de la paperasse, et vous, vous retournez à vos projets (et à l’apéro). Le débat sur 2032 attendra bien un café.